À la Maisonnée, rue Kageneck, dans le quartier de la gare à Strasbourg, les parents décompressent pendant que les tout-petits tâtonnent leur indépendance au milieu des jouets. Ni crèche, ni centre de soins, dans cet espace, des pédopsychiatres dédramatisent les soucis du quotidien.
À la Maisonnée, on se demanderait presque qui, de l'enfant ou du parent, apprend à lâcher la main de l'autre en premier. Pendant que les petits jouent et rencontrent d'autres enfants, les adultes partagent leurs questions ou évoquent un moment difficile. Une équipe de professionnels de la petite enfance est à leur disposition, à raison d'un binôme différent chaque jour.
La Maisonnée a été créée à Strasbourg en 1986 par une poignée de psychologues, convaincus par les travaux de la psychanalyste et pédiatre Françoise Dolto. Dans cet espace douillet, entièrement rafraîchi l'été dernier, Christiane Simon-Lang et son équipe accueillent les marmots de moins de quatre ans accompagnés d'un de leur proches : maman, papa, tatie, mamie, nounou.
« Les parents sont souvent dévorés par l'angoisse, observe Nathalie Louis-Lucas, membre de l'équipe. Ils veulent élever leur enfant pour le rendre parfait. Entre l'avis de la grand-mère, les remarques de l'instit ou les préceptes du pédiatre, nous sentons ces parents surmenés et culpabilisés. »
La Maisonnée n'est ni une garderie, ni un centre de soins. Et dès qu'il franchit le seuil de la porte, l'enfant est averti des trois règles de la maison. Primo : « Papa ou maman restera ici, avec toi. » Le bout-de-chou se sent ici rassuré, prêt à l'assaut des jouets qu'il devine un peu plus loin. Règle numéro deux : « Pas d'objet qui roule dans un certain périmètre. » Une interdiction-prétexte mais essentielle pour se socialiser, à l'instar de la troisième loi énoncée : « Si tu choisis de jouer à l'eau, tu portes un tablier. »
Et voici l'enfant responsabilisé. A lui de choisir s'il jouera au bassin ou s'il préfère s'amuser dans la cabane. Il vérifie ainsi qu'une règle n'est pas une contrainte. L'interdit lui ouvre même des perspectives. Quand on a trois ans, c'est peut-être bien la nouvelle du siècle !
Emilie Rivet

© Dernières Nouvelles D'alsace, Mardi 08 Novembre 2005. - Tous droits de reproduction réservés